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vendredi, 16 mai 2008
Combat ordinaire
Sur la scène, un banc en bois et fer forgé. Les lumières s'allument, une personne est assise sur le banc, les yeux perdus un temps dans le vague. Puis son visage s'éclaire d'un sourire amusé et narquois, le bras gauche sur le dossier du banc, la jambe gauche sur la droite.
SURMOI (avec un air supérieur, regardant vers sa gauche et cela durant tout l'échange). - Alors, ma vieille? T'as fait une belle boulette!
MOI (la même, avec un air résigné mais regardant vers sa droite et cela durant tout l'échange). - Pfff, je ne sais pas trop... Qui s'en plaindra, à part moi?
SURMOI (hochant la tête avec contentement). - En tout cas, il y a des chances pour que tu passes une fois de plus pour une cruche!
MOI (baissant les yeux et haussant les épaules). - Et bien oui, mais comme a dit Madame M. « faut être pris pour être appris ».
SURMOI (pose la jambe gauche, les mains sur les genoux). - Je ne comprends pas pourquoi il faut toujours que tu te prennes le mur pour comprendre quelque chose! Tu es vraiment inconsciente!
MOI (se redresse vivement). - Ca va! Ca partait d'un bon sentiment! Comment faire pour prouver mon désaccord par rapport à une politique sans pouvoir faire la grève parce qu'on ne travaille pas ce jour-là?
SURMOI (abaissant sa main, dédaigneuse). - Pfff, Monsieur N. avait raison, tu n'es pas tarée, tu es conne!
MOI (sursaute vivement). - Hey oh! Tu vas rester polie! (pointe son doigt vers l'interlocuteur) Ca me reste assez en travers de la gorge! Trouve-moi un sac en papier pour que je puisse sortir sans honte!
SURMOI. - Ne compte pas sur moi pour te protéger.
MOI. - Comme si je n'assumais jamais mes conneries... Tu es seulement là pour me faire la morale!
SURMOI. - Et toi tu es toujours trop naïve, trop idéaliste et trop...
MOI. - C'est bon, j'ai compris, pas la peine de me bourrer le mou! Après, je peux très bien décider d'assumer tout à fait ma décision et dire que je savais très bien que ces salauds me pontionneraient une journée... Mais j'ai quand même du mal à me faire à l'idée... Ce qui m'a consolé, c'est que certains ont trouvé le geste beau!
SURMOI. - Arf! La beauté du geste! La noblesse de ton sacrifice! Arrête, tu vas me faire chialer!
MOI. - Et alors, on ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir pris position et puis c'est mon problème si j'y perds! Ca sera pas la première fois, tu le sais bien!
SURMOI. - Certes...
MOI. - Si tu te crois aussi supérieure, pourquoi tu ne me mets pas en garde avant? Pourquoi attends-tu que je fonce dans le mur avant d'intervenir?
SURMOI. - Tu es plus rapide que moi, il faut l'avouer. Tu agis toujours avant que j'intervienne. Mais tu sais bien que quoiqu'il arrive, je serai là pour toi, même si j'interviens peut-être brutalement...
MOI. - Oui, certes. Pourtant tu étais bien là quand j'y ai réfléchi...
SURMOI. - Oui? Vraiment? Je ne m'en rappelle pas...
le Moi ne répond pas et reste plongé dans ses pensées mais sa mine se renfrogne un peu plus
Qu'est-ce qui te tracasse encore?
MOI. - J'aime pas l'idée de m'être faite avoir...
SURMOI. - Par qui?
MOI. - Par l'administration. Par monsieur LB. J'ai cru tout à l'heure qu'il m'avait tendu un piège avec cette histoire. J'ai voulu le tuer, il avait de la chance de ne pas être là
SURMOI. - Pour une fois qu'un absent a raison de ne pas être là...
MOI. - Fais de l'humour. Mais je me sens aussi mal vis-à-vis de la réaction des collègues. Même un de nos syndicalistes a trouvé quelque chose à redire à mon acte. Et monsieur N. comme tu l'as entendu, m'a dit que j'avais été conne...
SURMOI. - Ouais sur le coup, c'est ce que j'ai pensé aussi. Ca va jaser aussi dans les bureaux.
MOI. - Tu sais ce que je pense des bureaux... Ca ne va pas m'aider à changer mon opinion à leur sujet. J'ai bien compris. silence Tu sais, j'ai eu une discussion avec mon cousin et il m'a réconcilié avec moi-même et je pense qu'on va pouvoir s'entendre finalement toi et moi.
SURMOI. - Vraiment? Explique.
MOI. - J'ai, éventuellement, sacrifié une journée de salaire pour prendre position contre une certaine politique que je ne soutiens pas. Je suis allée au-delà des considérations matérielles et selon lui, c'est hyper important.
SURMOI. - T'as besoin que quelqu'un te le dise pour t'en convaincre? Mais t'es vraiment pas possible!
MOI. - Hé! (réfléchissant quelques secondes) Oui, j'avoue que je crois avoir eu besoin qu'on me dise que j'avais fait le bon choix, même si au fond, je le savais déjà.
SURMOI. - Reste à savoir comment cela va se répercuter à la fin du mois...
MOI. - Ca m'est égal. C'est fait de toute façon et les persifleurs peuvent toujours agiter inutilement leurs mandibules...
Le Surmoi est à son tour plongé dans ses pensées
SURMOI. - Tu avoueras quand même que l'idée est saugrenue...
MOI (énervée). - Tu recommences? Je croyais que c'était réglé. En quoi ce que j'ai fait serait si stupide? La réaction des gens a été en gros que j'ai été assez bête pour laisser mon fric aux « méchants ». Pourquoi me suis-je sentie flouée tout-à-l'heure? Ca me paraissait vraiment une bonne solution. A bien y réfléchir et pour finir avec cette histoire, d'un côté je pouvais aller manifester pendant ce jour de congé qui était celui de la grève et montrer mon soutien à la cause défendue. Pourtant les médias n'ont gardé que la partie concernant les prises en charge des enfants pendant la grève et pas le mouvement en lui-même, alors à quoi cela aurait servi?
SURMOI. - Et d'un autre côté, à quoi cela a servi que tu perdes, éventuellement, une journée de travail sur une journée de repos au nom d'une prise de position? Qui aura vu ton sacrifice?
MOI. - Rien n'est joué, même si je ne me fais pas d'illusions. On va dire que ma conscience est plus ou moins tranquille. Oui je suis idéaliste et oui je crois que ce n'est pas la première fois que je me casserai les dents. Fin du discours jusqu'à nouvel ordre.
Les lumières s'éteignent.
20:38 Publié dans J'avais dit que j'en parlerai pas... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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