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samedi, 17 mai 2008

Essaie d'écrire... try to write... Versuche zu schreiben...

Un bocal de café trône au milieu de la table octogonale, sur un air de salsa. Pêle-mêle, les sucres dans une boîte Tupperware, le nougat entamé Gavroche de Lise, parce qu’elle aime le nougat. Les Madeleines vont accompagner le café quotidien de vingt heures. L’eau chaude fait siffler la bouilloire. Les cahiers, les livres, les brouillons de version latine annoncent l’inévitable présence de quatre jeunes filles. Deux d’entre elles s’affairent activement à remplir la grille de mots fléchés de leur journal préféré. A gauche de la radio, Pauline prend le temps de bien lire sa feuille de vocabulaire d’Allemand à apprendre pour la semaine suivante. De temps en temps, elle jette un coup d’œil furtif sur son portable, on ne sait jamais, des fois qu’on l’appelle…

A ses côtés, Lise est plongée depuis quelque temps dans l’Amant de Marguerite Duras ; la radio passe cette fois-ci un vieux pot-pourri du crooner des années cinquante, ennuyeux. Lise émerge de sa lecture : « L’eau bout. ». Les trois autres se regardent et Léa se décide à servir le café soluble dans chaque tasse.

Sislie interpelle les autres : « Le bois brûlé, comment ça se dit ? …Tu sais…

- Ben non, je vois pas, dit Lise entre deux phrases de son livre.

- Là c’est peut-être un «savetier », non ? demande Léa.

- Non c’est trop long comme mot.

- En fait c’est «artisan », un «façonnier » c’est un artisan, répond Pauline.

- Wouah ! s’écrie Lise, t’as la science infuse !

Sislie se sent larguée, elle arrête les mots fléchés et reprend son devoir d’Histoire. Léa réfléchit quelques minutes, le stylo sur les lèvres en faisant claquer sa langue contre son palais. Après elle lâche son stylo, ça l’énerve, elle y arrive pas. Alors pour l’occuper, Sislie lui parle, les yeux sur son devoir, la tête penchée sur le côté : « Au fait, Simon t’a appelé ce soir ? – Ben oui, ça fait longtemps qu’on entend plus parler de lui, fait Lise, en lâchant son livre ; Duras c’est bien mais…

- Si, si, répond Léa, le sourire aux lèvres à l’évocation de Simon, celui qu’elle aime. En plus, c’est jeudi soir, c’est bientôt le week-end, je le vois demain soir. Mais avant je dois finir mon latin, ma version c’est pour demain.

 

Dix-sept heures, Léa et Sislie sortent du cours de Latin. Lise qui est restée dans sa chambre à travailler son Histoire, et Pauline sortant tout droit de la bibliothèque les rejoignent.

« - Alors les filles, c’est bientôt le week-end ! s’exclame joyeusement Lise, tout heureuse de reprendre sa voiture dans moins de deux heures. » Le professeur de Lettres arrive : « Toujours à l’heure celui-là », désespère Léa.

La Ford Escort bleu lunaire s’arrête devant le numéro 30 rue de la Fontaine dans le petit village de la Rochefoucauld. Léa descend son gros sac et Joe l’accueille, les cheveux au vent. Après avoir déposé ses bagages à l’étage, dans sa chambre, Léa redescend et savoure enfin le week-end qui commence.

« - Au fait, Simon a appelé, il vient dîner avec nous, c’est moi qui mets le tablier ce soir. Léa ravie : « - Ah oui ? Qu’est-ce que tu nous prépares ? - Des nouilles, ça va ? - De toute façon ce sera pas pire que la cantine. - Oh ça va toi… » répond Joe faussement agacé.

Depuis une demi-heure, Léa fait les cent pas dans la maison visiblement excédée, jurant à tout va : « - Simon est encore en retard, il m’énerve ! »

On entend le bruit d’un moteur, roulements de tambour : Léa sort en courant, les bras ouverts pour accueillir son cher et tendre !

-"Te voilà enfin, la semaine n’en finissait plus sans toi.

- Oui sans doute," répond Simon avant de l’embrasser.

Ils entrent, Simon dépose son portable et ses clés à l’endroit habituel, sur la petite étagère au-dessus du radiateur, là où le chat dort. Comme de vieux copains, Simon et Joe échangent une poignée de main et lancent des vannes à Léa, et cela pendant tout le repas. Joe dit : « C’est cuit, à table les jeunes ! » Et il apporte son plat de nouilles trop cuites : « Ah la la ! Je voulais faire des tagliatelles mais en fait c’est raté. »Simon et Léa relativisent et promettent de finir le plat.

« - Dommage que Rita ne soit pas là, je crois qu’il y en a trop, continue Joe.

- Oui, dit Léa, je ne la vois déjà pas beaucoup et quand je suis là, elle a des horaires impossibles. »

Après le repas, Joe fait la vaisselle en chantant faux et à tue-tête, parce qu’il aime la musique. Léa et Simon s’attardent quelques instants dans le salon, mais rapidement Joe s’installe dans le canapé, décidé à finir le dernier niveau du dernier jeu à la mode sur la Play Station.

Léa et Simon échangent un regard complice et montent dans la chambre de Léa. C’est le moment où Simon, les bras croisés derrière la tête, allongé sur le lit de Léa, fait le bilan de sa semaine à Lille. Léa farfouille dans son bureau.  « Ben, cette semaine, c’était comme d’habitude, on a papoté toutes les quatre devant un bon café avant d’entamer le français et le latin", dit-elle en faisant une pile gigantesque sur son bureau de livres, dictionnaires, grammaires latines, stylos et brouillons. Dans quinze jours elle doit rendre sa version latine, une nouvelle version donnée par la prof avant de partir en week-end. Simon observe son ménage : « Qu’est-ce que tu fais avec tout ça ? – J’ai du boulot, j’ai pas le temps. »

Elle descend, il la suit : « Mais tu ne vas tout de même pas bosser maintenant ? ! – Ben si ! » Sur la table vide de la salle, Léa étale ses livres. Alors Simon soupire et rejoint Joe dans le salon. Il soupire encore. Joe regarde Simon avec un air perplexe - il ne comprend pas trop - : « Mais qu’est-ce qui se passe ? demande Joe. – Oh, rien, répond Simon, c’est Léa qui préfère son Latin.»

En un simple groupe de mots, Simon arrivait à répondre, c’est normal, il n’est pas très expressif. Alors pour parler, il doit synthétiser un maximum. Mais Joe avait compris, c’était l’essentiel, alors il retourna à sa console, il ne pouvait rien faire tant qu’il n’avait pas atteint le niveau supérieur. On aurait dit un Japonais raide dingue des jeux vidéo.

Seulement cet attachement à la console pose quelques problèmes techniques. Simon et Léa ne peuvent pas regarder leurs films préférés quand Léa a quitté son Latin. Ils doivent attendre jusque très tard pour regarder des émissions comme « Très pêche », « Super chasse » et « Le monde des animaux de la nature biologique de la planète terre bleue et verte Ubaïa » de Nécolé ô Ublo ; alors qu’ils voulaient voir Nounours, Nicolas et Pimprenelle, mais c’est trop tard. Simon est dépité, sa soirée va être longue, très longue sur le canapé. Léa c’est pas qu’elle s’en fout mais il y a le Latin. Hum, ça sent le gaz dans l’eau…

 

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